Vevey, le 20 août 2009
Très cher Ami,
Par ces grosses chaleurs estivales, je reprends la plume pour vous donner quelques nouvelles. S’il semble quelque peu assoupi au regard du passant, le musée n’en est pas moins bouillonnant d’activité. Que diriez-vous si je vous annonçais que les moquettes du premier étage se sont transformées en œuvre d’art ? Oui, oui, c’est bel et bien ce qui s’est passé… et cela grâce à Silvia Buonvicini, une jeune femme qui a la particularité de manier avec maestria le fer à souder. Voilà qui est plutôt inattendu vous en conviendrez.
Vous auriez dû la voir durant ce mois de juillet armée de son instrument, en train de pyrograver les élégantes moquettes posées il y a vingt ans. Je craignais qu’elle ne mette le feu au musée et que l’on ne doive faire appel aux pompiers situés juste en face de nous, mais c’est tout bonnement à un embrasement esthétique que j’ai assisté.
Jour après jour, elle a ainsi colonisé l’ensemble des sols de l’étage et des mezzanines avec des motifs qui me font penser tantôt au règne végétal, tantôt à des organes du corps humain. Oh, c’est fort étrange… et très déroutant car - rendez-vous compte - ce qui est à voir se trouve à même le sol, et l’on marche tout simplement sur l’œuvre. Ma perception des lieux s’en trouve toute chamboulée !
Je me demande bien ce qu’en diront les visiteurs invités à découvrir cette curiosité à partir de fin septembre et cela pour une dizaine de jours. Et il faudra enfin que je m’habitue à l’idée que cette œuvre sur moquette est éphémère. Il est en effet prévu d’ôter les revêtements lors de nos travaux de transformation, et de remettre au jour les sols d’origine en parquet et en mosaïque. Voilà qui promet d’être un vrai déchirement pour moi qui commence déjà à m’attacher à cette œuvre ô combien métaphysique quand bien même elle est née du sol !
En me réjouissant de vous faire sous peu découvrir cette merveille,
Fanny
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